Voilà…et d’un simple battement de paupières, la Dame du Delta le remet dans son histoire à lui…les Tanzabi du désert désolés d’amour, aux yeux si vides de cette étincelle qui dirait « c’est donc si souriant, si généreux, si ‘’je te vois et mon bonheur est là comme écrit au fond de tes yeux, et c’est une invitation, une promesse’’… »

En s‘éloignant, Priscillio retrouve ses idées d’améliorer le quotidien amour des Tanzabi, tout en se préservant, lui, des mesquineries et autres sentiments médiocres de chacun…tâche bigrement ardue,voire surhumaine. Et soudainement, il se sent déstabilisé…il se croyait intouchable, presque inébranlable et en trois mots plus un regard, il se sent vaciller.

C’est tellement mouvant autour de lui, et à perte de vue le désert ondoie…comme le faisait tout à l’heure, l’eau rougeoyante du Delta avant de plonger dans la nuit…et lui, si sûr de lui, avant le Delta, il est à l'image de ce désert qui n’en finit pas d’onduler,de bouger…

Et il n’a pas le pied marin, le Priscillio, c’est tout juste s’il tolère les remous des « tempêtes dans un verre d’eau » à la  sauce tanzabienne..un mélange pas très subtil et très peu homéopathiquement dosé…un méli-mélo lourd à souhait, indigeste et qui aurait un effet similaire à celui de l’ipéca…mais bon, Priscillio va se lancer dans la mêlée dégrossir l’affaire, bien sûr, il y aura des « plaies et des bosses », des « grincements de dents », des « mais…pourquoi moi??? 

« Allez! Il est temps… » soupire t-il.

« Ah oui! Il était grand temps que tu reviennes!!!Mais c’est qu’on a frôlé l’émeute…la révolte…la chienlit! » l’incendie la fiancée du chef.

« C’est pas un rien excessivement abusif, tout ça? Je me suis absenté deux jours et…sans vouloir offenser l’autorité du chef, les mouvements de la foule mécontente, c’est à lui de maîtriser! »

Brusquement, Priscillio éprouve une grande lassitude…il se sent complètement « décalé », si peu dans le ton agressif, rempli de reproches, tempétueux bourré d’amertume, de l’ambiance « bienvenu et bon retour parmi nous » qui se dégage depuis son arrivée.

Lui, il revient de son voyage avec, au fond de son engin, un tas de pièces en tous genres, et dans son cœur un gros paquet d’amour, tellement gros qu’il déborde sans prévenir…voilà, maintenant, cela passe du plein au trop-plein que Priscillio ne peut pas, ne veut pas retenir…

« Quel gâchis, tout ça…» et les larmes de Priscillio coulent, lentement…longuement…elles racontent l’histoire de cet homme toujours en mouvement, jamais en repos…à la recherche de tout parce qu’il y a ses rêves d’absolu le plus pur, ses rêves qui le tiennent en éveil, ses rêves qui ne trouvent écho en aucun de ces êtres, en aucun de ses amours croisés qui ont pu l’éblouir, lui donner la paix pour un temps. Alors, ses rêves coulent avec les larmes…un rêve, ça ne se retient pas, ça ne s’étouffe pas, c’est fait pour être en vol…libre…tout le temps…les larmes, elles, se recueillent ou s’évaporent et ici, le ressentiment et la colère des Tanzabi venaient de faire exploser le thermomètre.

Simplement, ses larmes s’évaporent, le vent en bourrasques chasse ses rêves et balaie la plus belle de ses certitudes: avoir enfin trouvé sa place, celle qu’il cherche depuis tout ce temps.

 

 

 

Par danslalune
Vendredi 26 mai 2006 5 26 /05 /Mai /2006 07:22

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