
Finis les épanchements, passé le petit moment de flottement…Priscillio pose son regard au loin…il y a encore tellement à découvrir, des régions qu’il imagine souriantes et fertiles, ici, rien ne pourra s’épanouir, ni la végétation, ni la douceur des sentiments…alors, et malgré ce qu’il entrevoit de ce qui sera ici, Priscillio joue une fois encore, la dernière, le seul rôle que les Tanzabi veulent lui voir interpreter:
« Bon, et tout ça pour quoi ? Il est grand temps que vous vous preniez en main, que vous y alliez de votre cœur…vous savez, cette petite chose qui toque, là et qui, si elle est écoutée peut vous faire voir la vie bien plus belle…que vous vous mettiez enfin à regarder ce et ceux qui vous entourent…c’est beau, un regard qui s’offre, plein et vrai, simplement pour le plaisir de donner…vous verrez, y a pas mieux.
Comment faire ? me direz-vous…et bien, il n’y a pas de mode d’emploi…il y a juste l’évidence de ce qui est à vivre, d’aller vers ce que l’on sait vrai et juste, il y a naturellement l’étincelle qui ne demande qu’à jaillir et qui réchauffera cette petite chose qui se mettra alors à taper, à vibrer, à battre au rythme de…mais ça, c’est une autre histoire…cette histoire là, c’est à vous de l’écrire et de la vivre.. »
Pendant toute la nuit, Priscillio parle ainsi de ce qu’il sait, et, au bout de tous ses mots, il se leve, se dirige vers son engin, le décharge des pièces en tous genres qu’il avait entassées et :
«Chef…tu vas devoir faire le chef, toi et toi seul…tu vas former une équipe et tu en seras la tête « bien pensante »…avec cette équipe, tu vas construire un engin semblable au mien et lorsque la machine sera terminée, tu iras faire un tour du côté d’ailleurs et tu découvriras d’autres horizons, beaux, ouverts. A ton retour, tu laisseras parler ton cœur vraiment, ainsi que je l’ai toujours fait avec toi et tous les Tanzabi…l’histoire sera belle, tu verras… »
Il fait encore nuit mais le soleil s’annonce déjà…il fera encore très chaud ici, dans ce paysage n’accueillant que l’ocre-jaune de la terre et le bleu intense du ciel…peut-être y aura-t-il une barre blanche de nuages…peut-être le vent les rabattra t-il au-dessus de cette terre sèche et poussièreuse…peut-être…
Priscillio est déjà loin lorsque l’orient s’éclaire…il fait route vers le Delta…il lui reste une chose à faire, une pensée à déposer, la tendresse à offrir, un endroit à découvrir, mais…
Est-ce qu’il osera, elle au cœur de ce Delta qui lui ressemble tant elle est sauvage et calme à la fois…elle a dû en connaître des « gros temps », des « coups de vent »…il y a tout ça en elle et il le voit…est-ce que ses tourmentes à lui ne viendront pas perturber cet étrange équilibre, briser l’accord, fausser l’entente, rompre l’harmonie posée entre eux depuis ce regard échangé…si, bien sûr et il le sait…
Maintenant il y a ce soleil, montant aujourd’hui, encore plus fascinant parce qu’il la sait là, elle, mais elle ne l’attend pas, elle est juste là et c’est la lumière qu’elle veut sur ses yeux, la douceur du soleil sur sa peau et le calme de ce moment qu’elle sait insaisissable mais qu’elle reçoit chaque jour, ce calme qu‘elle désire pour son coeur…depuis tout ce temps, depuis que le Delta l’a accueillie.
Alors, Priscillio ne veut rien d’autre que la regarder…et juste poser là, en fermant les yeux, sans qu’elle le sache…de loin, si loin qu’elle ne saura jamais…il pose au plus fragile d’elle, comme une caresse qui se confond naturellement avec la douceur du moment.
Et dans ce décor de terre baignée d’eau chahutée par le vent, d’eau qui caresse la terre portant la marque du soleil, il se laisse aller encore une fois, la dernière, au rythme de cet équilibre établi depuis tant et tant…depuis que le jour et la nuit n’ont pour s’aimer que la fragilité de l’instant…